Gros Plan sur Fabia Gutiérrez Reyes
Honduras - CUTH
05/03/2006
«Listes noires» dans les zones franches d’exportation

Fabia Gutiérrez Reyes, Secrétaire à l’organisation de La Central Unitaria de Trabajadores de Honduras (CUTH), dénonce les violations des droits humains et syndicaux dont sont victimes les travailleuses des maquilas honduriennes, notamment en matière de santé reproductive.
Quelle est la proportion de femmes travaillant dans les zones franches et combien y sont syndicalisées?Dans les maquilas du Honduras, nous avons recensé plus ou moins 135.000 emplois. 75% d’entre eux sont occupés par des femmes, ce qui représente 101.250 emplois. Dans le domaine de la coupe, les secteurs qui emploient le plus de femmes sont Choloma, Villanueva, Naco et Progreso. Plus de 260 entreprises y sont installées. Seulement 12 % des travailleurs sont organisés en syndicat et parmi ceux-ci 8 % sont des femmes.
Pouvez-vous décrire les conditions de paiement et de travail ainsi que les principales difficultés qui en résultent?
Il existe de nombreuses accusations et études sur la détérioration de la santé des travailleuses. Cela résulte des conditions de travail insalubres et de l’insécurité. Les longues heures de prestation et les doubles journées en raison des travaux ménagers que doivent assumer les travailleurs des maquilas provoquent de graves répercussions sur leur santé physique et mentale.
Pour les syndicats, les principales conséquences et les problèmes engendrés par un tel système sont de plusieurs ordres: la détérioration de la santé en général et en particulier de la santé reproductive des travailleuses, la violation des droits humains de ces travailleuses et l’impossibilité de s’organiser afin d’exiger le respect de leurs droits.
Quels sont les obstacles principaux à l'organisation de ces travailleuses dans les zones? Quelle est notamment l'étendue du problème des "listes noires" ?
Nous pouvons dire que le problème des “listes noires” est une des méthodes antisyndicales qui a le plus d’impact. De nombreuses accusations ont été déposées à ce sujet auprès des autorités gouvernementales (Ministère du Travail et Cours du Travail) ainsi qu’auprès des organisations défendant les droits humains (CODEH, la Commission nationale des droits humains et plusieurs ONG). Toutefois, nous avons pu constater que les travailleuses ont peur de porter plainte en raison de la répression qui peut intervenir ultérieurement. Des témoignages de femmes confirment que certaines d’entre elles se sont retrouvées sans travail et qu’elles n’ont jamais pu retrouver un emploi dans une maquila par la suite.
Quelle est la stratégie syndicale et quelles sont les actions concrètes menées pour essayer d'organiser les femmes qui travaillent dans ces zones?
La première phase consiste à faire des visites aux domiciles des différentes personnes de contacts. Nous mettons en place des petits cercles d’études. Ce sont des groupes de 5 personnes maximum, des gens de confiance qui souhaitent s’organiser pour améliorer les conditions de travail.
Ensuite, nous faisons des assemblées clandestines. La syndicalisation dans ce secteur doit se faire de manière très discrète. Enfin, nous réalisons des bulletins, des affiches et des brochures.
Nous organisons également des campagnes de sensibilisation, des forums publics, des conférences, des ateliers et des séminaires de formation.
Nous réalisons par ailleurs un diagnostic pour obtenir différentes informations sur les entreprises: nom, origine du capital, marques avec lesquelles elles travaillent et nombre de travailleurs et travailleuses employés.
Utilisez-vous les médias pour exercer une pression sur les entreprises et le gouvernement?
Oui, nous dénonçons de manière permanente et pour cela nous utilisons tous les moyens de communication possibles: la presse parlée, écrite et télévisuelle.
Comment pensez-vous que le mouvement syndical international pourrait vous aider au mieux pour accroître la pression sur les entreprises ou les gouvernements?
Les instances internationales sont des alliés très importants pour porter des accusations et dénoncer les violations permanentes relatives aux droits du travail. Un appui important serait également d’exercer une certaine forme de pression sur l’OIT et les autres instances internationales qui en ce moment essaient d’atteindre les objectifs du millénaire.
Propos recueillis par Pierre Martinot